Analyse
    08 mars 2026

    8 mars : célébrer les femmes ne suffit pas !

    Le 8 mars est souvent célébré dans les entreprises, mais célébrer ne suffit pas à changer les comportements. Pour provoquer de vraies prises de conscience sur les inégalités femmes-hommes, certaines approches immersives, notamment les jeux, permettent de passer à une vraie compréhension.

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    Fleurs, discours, posts LinkedIn avec filtre violet : le 8 mars est devenu un rituel corporate bien huilé. Pourtant, changer les comportements de ceux qui ne vivent pas directement les inégalités demande autre chose.

    En 1977, l’ONU a officiellement renommé cette journée : exit la « Journée de la femme », bonjour la Journée internationale des droits des femmes. Ce glissement sémantique dit beaucoup. Il ne s’agit pas de célébrer une catégorie de personnes, mais de rappeler des droits qui restent encore imparfaitement appliqués.

    Près de cinquante ans plus tard, beaucoup d’entreprises continuent pourtant à marquer cette date en mettant à l’honneur leurs collaboratrices. L’intention est positive. Mais cette célébration ne dit rien sur le niveau réel d’égalité dans l’organisation, ni sur l’évolution des comportements. À force, ce type d’initiative peut même flirter avec le WomenWashing : montrer que l’on agit sans réellement transformer les pratiques.

    Le défi est ailleurs : faire de cette journée un moment qui déclenche des prises de conscience.


    Comprendre une inégalité ne suffit pas

    Les chiffres existent. Les études aussi. Les formations se multiplient.

    Pourtant, les comportements évoluent lentement.

    L’écart salarial moyen entre femmes et hommes, à temps de travail équivalent dans le secteur privé français, reste autour de 14 %. Il diminue, mais très lentement : environ 0,4 point par an. À ce rythme, l’égalité salariale pourrait être atteinte autour de 2059.

    Le problème n’est donc pas le manque d’information. Ce qui manque le plus souvent, c’est le moment où quelqu’un qui n’a jamais vécu une inégalité la ressent réellement. Pas seulement dans sa tête, mais de manière concrète, même brièvement.

    C’est précisément ce type d’expérience que certains dispositifs pédagogiques tentent de provoquer.


    Trois façons d’aborder les inégalités par le jeu

    Les expériences ludiques sont de plus en plus utilisées dans les organisations pour aborder ces sujets. Toutes ne produisent cependant pas les mêmes effets. On peut distinguer trois niveaux d’expérience.

    Les jeux qui font voir

    Certains formats cherchent avant tout à rendre visibles les mécanismes d’inégalité : quiz sur les stéréotypes, fresques collaboratives, jeux de cartes sur les biais inconscients. Ils ouvrent la discussion et permettent de partager un socle de compréhension commun.

    Ces dispositifs sont utiles pour introduire le sujet, mais ils restent souvent dans le registre de la prise de conscience intellectuelle. Les participants reconnaissent l’existence des inégalités, sans nécessairement se sentir directement concernés.

    Les jeux qui font vivre

    D’autres dispositifs vont plus loin en plaçant les participants dans la situation elle-même.
    Dans The Impact Agency (DOWiNO), ils endossent le rôle d’un recruteur et découvrent ensuite les biais qui ont influencé leurs décisions.
    Dans Le carnet d’Anna (UNICEF), ils deviennent acteurs de la défense de l’égalité.

    Dans ces expériences, les participants ne se contentent plus d’observer un problème : ils prennent des décisions à l’intérieur du système qui le produit. Cette implication modifie souvent la manière dont la situation est perçue.

    Le jeu de rôle : l’expérience la plus intense

    Le jeu de rôle pousse encore plus loin l’immersion. Les participants incarnent directement une situation : une femme interrompue en réunion, une collaboratrice demandant une augmentation, un manager confronté à un biais implicite.

    La recherche en psychologie sociale montre que ces mises en situation peuvent contourner les mécanismes de défense que les formations classiques rencontrent souvent. Lorsque les participants vivent la situation, même brièvement, la prise de conscience devient plus personnelle.

    Ce type de dispositif demande cependant des précautions : un facilitateur expérimenté, un cadre sécurisé et un débrief structuré. Sans ces éléments, l’émotion suscitée peut rester sans débouché.


    Une question rarement posée : qui est dans la salle ?

    Au-delà du choix de l’activité, une autre question mérite d’être posée : la composition du groupe.

    La psychologie sociale montre que les dynamiques d’expression diffèrent selon que le groupe est mixte ou non. Dans certains contextes, la présence simultanée des deux genres modifie la prise de parole et la distribution de l’espace dans les échanges. Les mécanismes que l’on cherche à analyser peuvent alors se reproduire pendant l’atelier lui-même.

    Il n’existe pas de configuration universelle. Mais ce choix mérite d’être réfléchi en fonction de l’objectif pédagogique.


    Faire du 8 mars autre chose qu’un rituel

    Le WomenWashing est confortable. Il permet de montrer que l’on agit, sans forcément modifier les pratiques.

    Faire évoluer les comportements demande souvent autre chose : une expérience concrète, un cadre qui permet d’en parler, et un moment où chacun peut regarder différemment des situations pourtant familières.

    Parfois, cela commence simplement par une salle, un dispositif bien choisi… et la décision de ne pas faire comme d’habitude.

    Nous reviendrons prochainement sur ce sujet, avec un catalogue de jeu étendu sur ce thème pour que vous puissiez sensibilisez vos équipes, les faire ressentir, et véritablement changer les comportements

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